Dans le climat beaucoup trop apaisé de la Norvège des années 1990, Euronymous fonde le groupe Mayhem et devient l’épicentre de la nouvelle scène black métal norvégienne. Arlésienne du biopic musical underground, l'histoire la plus controversée du metal sort enfin sur les écrans avec une sincérité ahurissante. Confié au clippeur/réalisateur Jonas Åkerlund (et accessoirement ancien batteur de Bathory), Lords of Chaos prouve que l'homme derrière le projet connait son sujet sur le bout des doigts et reste respectueux des sordides faits qui ont tant fait trembler les fans, l'histoire du groupe de black metal …
Le périlleux exercice du Biopic est ici abordé sans glamour hollywoodien. Vous ne verrez aucun artiste bankable s'y risquer et aucun studio le financer. Imaginez donc : la scène Black Metal émergente de Norvège fin 80s-début 90s avec toute l'aura sulfureuse de meurtres et d'églises incendiées sur fond d'idées nauséabondes. Par contre, la retranscription plus ou moins romancée (et à réserver à un public averti) de la création du groupe Mayhem, pionnier du black métal dans une Norvège peut être trop calme à ce moment là.
On va découvrir trois types de personnages à l’origine du groupe. Euronymous, qui se voit comme un leader et qui voit ce groupe comme un moyen de se faire connaître. Il aurait tout aussi bien se retrouver dans le commerce de la lessive. Øystein Aarseth (Rory Culkin), se fait appeler Euronymous : un musicien leader du groupe de Black metal norvégien Mayhem. A la recherche de forme extrême d’expression musicale, il se met en quête d’un chanteur capable de se fondre dans son style. Il tombe alors par hasard sur Kristian « Varg » Vikernes (Emory Cohen), homme seul d’un groupe nommé Burzum, qui va graduellement entraîner le groupe sur des actes de haine, meurtres et autres incendies d’églises.
Les biopics… vaste sujet qui crispe à la fois les fans des sujets traités dans les films et qui peut, dans des thèmes de niche, désintéresser le grand public. Il s’agit globalement du souci que soulève LORDS OF CHAOS, relatant l’affaire du meurtre d’Euronymous, le leader du groupe de black metal norvégien Mayhem. Le générique annonce clairement la couleur : le film est inspiré des vérités et mensonges et d’éléments qui sont arrivés. Ce n’est donc pas un documentaire mais bel et bien un film de fiction.
Réalisateur et approche narrative
Le réalisateur Jonas Åkerlund, ancien batteur d’un groupe de métal suédois nommé Bathory, a bâti une solide réputation de vidéaste, avec un peu plus d’une centaine de clips à son actif pour les artistes parmi les plus connus. Il a même touché au cinéma, dont le raté LES CAVALIERS DE L'APOCALYPSE. LORDS OF CHAOS a connu une destinée compliquée, avec des sorties cinéma tronquées, voire absentes comme en France. Par le truchement d’une voix off d’Euronymous, il raconte son histoire à rebours, adoptant un style narratif curieux qui mêle immersion, explication sociale des jeunes impliqués et focalisation sur la musique et la rivalité psychologique entre Vikernes et Euronymous.
A la fois une tentative d’immersion dans la Norvège de la fin des années 80 et un bref explicatif social des jeunes impliqués, le film démarre sur le leadership du narrateur et les virages pris par la volonté de faire la musique la plus noire possible. Créer un nouveau genre « le vrai et seul groupe de black metal de Norvège », crachant au passage sur les groupes suédois. Le film montre que la musique est bien présente dans le premier tiers, puis passe au second plan, au profit de la guerre psychologique entre Vikernes et Euronymous.
Esthétique, violence et tonalité
Le film oscille entre thriller ado, violence graphique et narration décalée. Les scènes tranchantes, les coups et les meurtres sont filmés avec une intensité viscérale, donnant accès à des effets spéciaux réalistes. Le ton est lugubre et macabre tout au long, avec des images documentaires, des arrêts sur images, et des passages de vidéoclip mêlés à la fiction. Une impression finale reste celle d’un mouvement musical alternatif servant de toile de fond à un thriller sanglant, avec des fulgurances cinématographiques notables et des ruptures de ton peu ordinaires.
Les aspects audiovisuels font l’objet d’attention. Le mixage est discuté, certaines éditions Blu-ray proposant des pistes non compressées en DTS HD MA 5.1, tandis que d’autres éditions se contentent du Dolby Digital 5.1 ou 2.0, souvent jugé insuffisant pour un film centré sur le médium musical. Les choix sonores peuvent influencer l’expérience, et le spectateur est invité à privilégier les éditions qui offrent une restitution plus riche des éléments musicaux.
Suppléments et édition
À l’ouvrage, un entretien captivant avec Jonas Åkerlund, intitulé BLOOD FIRE DEATH, replace sa carrière dans le contexte de l’histoire du film et des documents consultés. Le réalisateur évoque les souvenirs réels et ce qui a été injecté dans le film, le travail de recherche et l’accès aux documents de police, ainsi que le soutien surprenant de Ridley Scott pour certaines décisions de tournage (utilisation des décors pour les scènes d’incendies grâce à des façades et miniatures).
LORDS OF CHAOS dépeint l’énergie et le visuel travaillé, avec deux interprètes principaux qui incarnent des personnalités fortes. Le réalisateur peut parfois tomber dans l’exploitation graphique des violences, ce qui peut provoquer le malaise chez certains fans, mais la forme demeure audacieuse et marquante pour les amateurs de black metal et de thrillers sombres.
Contexte et œuvres associées
Le livre Les Seigneurs du Chaos et d’autres ouvrages apportent un éclairage complémentaire. Le livre de Nicolas Castelnaux se penche sur l’histoire des deux groupes d’une manière précise et documentée, depuis leur création jusqu’à 2009, en passant par les tragédies associées à la scène. Le Death Archives réunit des photos inédites et retrace la genèse du groupe et de ses membres. Disponibles en anglais et en rupture de stock chez certains libraires, ces œuvres enrichissent la compréhension de Lords of Chaos et du cadre historique du black metal norvégien.
La collecte et les éditions associées ont connu des campagnes de financement participatif, avec des options variées et des bonus rassemblant vinyles, posters et autres objets de collection. Le film témoigne ainsi d’un chapitre fondateur, complexe et controversé, dans l’histoire du métal extrême en Norvège et au-delà.
