Øystein Aarseth (Rory Culkin), se fait appeler Euronymous : un musicien leader du groupe de Black metal norvégien Mayhem. A la recherche de forme extrême d’expression musicale, il se met en quête d’un chanteur capable de se fondre dans son style. Il tombe alors par hasard sur Kristian « Varg » Vikernes (Emory Cohen), homme seul d’un groupe nommé Burzum. Qui va graduellement entrainer le groupe sur des actes de haine, meurtres et autres incendies d’églises.
Les biopics… vaste sujet qui crispent à la fois les fans des sujets traités dans les films et qui, dans des thèmes de niche, ont tendance à quelque peu désintéresser le grand public. Il s’agit globalement du souci que soulève LORDS OF CHAOS, relatant l’affaire du meurtre d’Euronymous, le leader du groupe de black metal norvégien Mayhem. Le générique annonce clairement la couleur. le film est inspiré des vérités et mensonges et d’éléments qui sont arrivés. Ce n’est donc pas un documentaire - mais bel et bien un film de fiction.
Le réalisateur Jonas Åkerlund, ancien batteur d’ailleurs d’un groupe de métal suédois nommé Bathory, a bâti une solide réputation de vidéaste, avec un peu plus d’une centaine de clips à son actif pour les artistes parmi les plus connus, de Madonna à Duran Duran en passant par Mika et Rammstein. Et a même touché quelque peu au cinéma, avec plus ou moins de bonheur, dont le raté LES CAVALIERS DE L'APOCALYPSE. LORDS OF CHAOS a connu une destinée quelque peu compliquée, avec des sorties cinéma tronquées, voire absentes comme en France.
Par le truchement d’une voix off d’Euronymous, qui va donc raconter son histoire à rebours, le réalisateur fait un curieux choix de narration. A la fois une tentative d’immersion dans la Norvège de la fin des années 80 (tout est joli, mais tout est chiant, en gros), un bref explicatif d’origine sociale des jeunes impliqués - ceci de manière extrêmement sommaire.
Afin de démarrer au plus vite sur le leadership de son narrateur et les virages pris par la volonté de faire la musique la plus noire possible - créer un nouveau genre « le vrai et seul groupe de black metal de Norvège », crachant au passage sur les groupes suédois… amusant, car Åkerlund faisant partie de la mouvance suédoise visée. Si la musique apparait bien présente dans le premier tiers du long-métrage, avec la recherche du chanteur phare, les premiers concerts en enregistrements, elle passe clairement au second plan par la suite. Fatalement, les oreilles peu aiguisées aux rites et rythmes du Black metal de la scène norvégienne des années 90 vont saigner et être déstabilisées.
Mais Jonas Åkerlund tente de minimiser l’impact auditif en concentrant sciemment son fil conducteur sur la quasi-guerre psychologique que Varg Vikernes et Euronymous vont se livrer. Un sentiment assez curieux prédomine alors : celui d’assister à un thriller adulescent parsemé d’éclairs de violence gore. Une guerre d’influence psychologique, virant à une version hardcore du BON FILS. Car le film ne lésine en aucune manière sur des scènes particulièrement tranchantes, au propre comme au figuré. Veines coupées, gorge tranchées, coups de poignards à répétition… on se croirait littéralement dans un SCREAM version métal. Et la caméra d’appuyer sur les détails, donnant accès par ailleurs à de très réalistes effets spéciaux.
On sent que l’auteur tente de joindre des éléments viscéraux, entre la frange extrême du métal scandinave et des effets désastreux que cela entraina. Aucune glorification ou glamourisation quelconque des actes et personnalités de chacun - des portraits relativement bruts dans leurs dérives, notamment Vikernes dont Emory Cohen traduit assez finement le glissement du début à la fin du film. Entre des artistes perdus dans leurs délires, certains se retirant prudemment, voyant que la musique n’est pas forcément la seule motivation. En fait, le ton semble dériver parfois presque vers la satire, volontaire ou non. Un sens de l’humour qui guide certains éléments, sortant parfois le film des rails.
Un mix d’images documentaires, d’arrêts sur images, de traitement à la vidéoclip et de fiction. Ce qui n’empêche pas un ton lugubre et macabre de régner tout du long. SI bien que l’impression finale qui se dégage reste un mouvement musical alternatif comme toile de fond d’un thriller sanglant, avec des fulgurances cinématiques évidentes - alliées à des ruptures de tons assez curieuses. Video: une copie agréable à l'oeil, sans pour autant gagner l'Everest de la précision dans les détails. Certainement d'une part du fait des éléments utilisés, mais le traitement des détails s'avère surtout marquant dans les gros plans.
Les scènes sanglantes sont bien positionnées en ce sens, donc le spectateur profite à plein régime de la partie horrifique pour la HD. Le rouge éclate et les verts (notamment dans la salle de répétiion) ressort valeureusement. Les plans extérieurs et américains demeurent moins précis, par contre - voir à 10mn34, la séquence nocturne, où les contrastes sont quelque peu problématiques et le snoirs bouchés. Ou encore le plan visage de Rory Culkin où il est impossible de voir les détails de la chevelure. Des éléments qui se retrouvent le long du film.
Concernant les pistes audio, une relative déception. pour un Blu Ray. Nous n’aurons droit qu’a des pistes audio compressées en Dolby Digital 2.0 et 5.1 anglais, avec sous-titres français. Pourquoi donc ne pas proposer ce que la technologie puisse offrir de mieux pour un tel format et choisir des pistes sonores bonnes pour des DVD? Mystère. d’autant que le film, axé sur le médium musical de prime intérêt, y perd considérablement. L’ensemble manque clairement d’ampleur et de finesse audiophile. Le 2.0 est très brut de décoffrage. C’est d’autant plus dommage que certaines autres éditions Blu ray à travers le monde (dont l’édition Arrow au Royaume-Uni ou chez Nordisk en Norvège) utilisent des pistes DTS HD MA 5.1 non compressées. Il vaut mieux de ce fait se diriger vers la piste Dolby Digital 5.1, la plus riche - avec des basses parfois proéminentes. On sent le soin apporté au mixage sonore, les canaux se répartissant relativement clairement en fonction de l'action. Bonne sollicitation des canaux arrière, des sons adaptés et des dialogues largement audibles.
Au rayon supplément, un entretien captivant avec Jonas Åkerlund, nommé BLOOD FIRE DEATH (en version anglaise avec stf). Il replace son carrière dans le contexte de l’histoire du film. Ses débuts avec le groupe Bathory, sa jonction avec l’homme d’image qu’il est devenu. Mais surtout du contexte entre les souvenirs des événements réels et ce qui a été injecté dans le film. Un travail de recherche, d’accès aux documents de la police par rapport au livre. Et une surprise : le soutien de Ridley Scott! Car par manque de budget, il était impossible de trouver du bois pour les scènes d’églises en feu (hors miniatures). BLADE RUNNER 2049 ayant été tourné à Budapest, il y eut donc la possibilité d’utiliser le reste des décors pour effectuer les moments d’incendies! Très bonne mise en perspective de la part du réalisateur. Rien d’autre, hélas, surtout comparé à l’édition anglaise qui regorgeait d’entretiens à la fois avec acteurs et intervenants directs de l’histoire. LORDS OF CHAOS possède indéniablement de l'énergie, un visuel travaillé et deux interprètes principaux qui dégagent judicieusement des personnalités bien campées. Le metteur en scène tombe parfois dans le piège de l'exploitation à outrance des scènes de violences, très (trop?) appuyées - pour livrer une vision que les amateurs pourront trouver contestable sur le fond (il s'agit d'une fiction, répétons-le), mais à la forme parfois audacieuse. DeCoteau (quand il se bouge). pour ne pas risquer l'indigestion. Des pistes audio compressees.
- Date de sortie et distribution
- Approches narratives et choix esthétiques
- Réalisation et performances d’acteurs
- Aspect sonore et traitements audio
- Réception et controverses
En résumé, LORDS OF CHAOS est indéniablement un film qui mêle énergie, images travaillées et interprètes marquants, tout en restant une fiction qui peut heurter les fans par son traitement des événements réels et sa violence graphique.
