Tower War: la bataille pour la Terre du Milieu et l’héritage d’un STR culte

IntroductionLe Seigneur des Anneaux : Bataille pour la Terre du Milieu (souvent abrégé en BTM ou BFME en anglais) est un jeu vidéo de stratégie en temps réel (ou STR) sorti en 2004. Il est édité par Electronic Arts et est développé par EA Los Angeles, un studio fondé suite à la fusion de plusieurs autres, notamment EA Pacific et surtout un certain Westwood Studios, développeur légendaire dans le monde de la stratégie en temps réel pour avoir conçu des titres comme Dune 2, Command & Conquer ou Alerte Rouge. Bien que la plupart des employés d'origine du studio soient partis fonder Petroglyph, certains sont restés à EA Los Angeles, et le studio développera par la suite Command & Conquer 3 : Les Guerres du Tibérium ou encore Alerte Rouge 3. Si le jeu adapte la trilogie cinématographique de Peter Jackson, dont le troisième et dernier film est sorti l'année précédant la sortie de Bataille pour la Terre du Milieu, il ne s'agit pas du premier STR prenant pour contexte l'oeuvre de Tolkien, puisqu'un an avant sortait La Guerre de l'Anneau, développé, lui, par Liquid Entertainment, studio créé par un ancien fondateur de Westwood Studios, Ed Del Castillo, et qui avait déjà à son actif l'excellent Battle Realms.

La folie de l'anneauPour bien comprendre le contexte dans lequel sort Bataille pour la Terre du Milieu, il convient de se remettre dans l'imaginaire collectif de 2004. La trilogie cinématographique de Peter Jackson a absolument tout raflé sur son passage, restant une des trilogies cinématographiques les plus rentables de l'histoire, avec une reconnaissance critique et commerciale absolument gigantesque. Pour rappel, "Le Retour du Roi", troisième film de la trilogie, a remporté les onze Oscars dans lesquels il a été nommé, et à eux trois, les films ont rapporté quasiment trois milliards de dollars au box-office, engendrant une véritable résurrection de l'attrait du grand public pour l'oeuvre de J.R.R. Tolkien.

«Le Seigneur des Anneaux» était absolument partout et le monde du jeu vidéo n'y faisait pas exception. Outre La Guerre de l'Anneau de Liquid Entertainment mentionné dans l'introduction, des adaptations sur consoles de la trilogie sont sorties sur la sixième génération de consoles, ainsi que des projets n'étant pas des adaptations directes des films, comme le très étrange Bilbo le Hobbit (adapté du roman de Tolkien du même nom) ou encore l'injustement oublié Le Tiers-âge, RPG au tour par tour de très bonne facture sur consoles de salon avec une adaptation surprenamment réussie sur Game Boy Advance. Cette entrée en matière était importante à noter, car Bataille pour la Terre du Milieu ne sort pas de nulle part : développé par des vétérans de l'industrie, avec pour base une des oeuvres majeures de la pop-culture dont le succès était encore tout frais, et sur un genre qui a déjà fait ses preuves. En d'autres termes, tout était réuni pour que Bataille pour la Terre du Milieu soit un succès à tous les niveaux, et le moins qu'il puisse être dit, c'est que c'est le cas.

Guerre à grande échelle

Bataille pour la Terre du Milieu va droit au but dans la plus pure tradition des STR : ici, on ne s'embarrasse pas de ces fioritures que sont la diplomatie, le commerce, ou tous ces trucs subtils que d'autres jeux du genre ont implémentés. A l'image des précédentes productions du défunt studio Westwood, on se concentre sur la guerre, la création d'unités et le tabassage en bonne et due forme de tout ce qui aurait le malheur de se dresser sur la route de l'armée du joueur. Pour ce faire, Bataille pour la Terre du Milieu propose quatre factions, deux par alignement dans la guerre de la Terre du Milieu : côté Bien, nous avons le Gondor et le Rohan, deux factions humaines.

Le Rohan est une civilisation très centrée sur la cavalerie, qui profite d'une très grande mobilité ainsi que de l'appui d'elfes et des Ents. Si leurs fortifications et leur infanterie de début de jeu sont moins efficaces que le Gondor, leur puissante cavalerie leur permet de mener des attaques rapides et de harceler les troupes ennemies très tôt dans le jeu, mais attention aux unités de piquiers. Le Gondor, avec ses puissants murs et son économie développée peut rapidement améliorer ses troupes, et son infanterie est plus efficace que celle du Rohan. Ils constituent la faction la plus "classique" du jeu, avec des unités polyvalentes et un style de jeu plus équilibré, ce qui en fait une faction toute trouvée pour les débutants.

Du côté du Mal, il y a le Mordor et l'Isengard. Le Mordor bénéficie de troupes très nombreuses mais faibles en présence des armées d'orques, qui servent de chair à canon pour le joueur pour protéger les unités plus importantes. Mais le Mordor peut aussi compter sur l'appui des Haradrims et de leurs éléphants de guerre, les Mumakils, ainsi que des trolls. Enfin, l'Isengard et ses Ourouk-Haï possède également des troupes très nombreuses, mais plus efficaces que celles du Mordor, avec l'appui de puissants chevaucheurs de Wargs, ainsi de terribles engins de siège qui peuvent aisément détruire les murs ennemis.

Une partie de Bataille pour la Terre du Milieu en mode escarmouche se déroule de la manière suivante : chaque joueur démarre avec une base, avec au centre un donjon. Autour dudit donjon se trouvent des emplacements sur lesquels peuvent être construits les bâtiments, bâtiments qui ne peuvent être construits qu'à ces emplacements spécifiques. Il peut s'agir de fermes, de casernes, de bâtiments d'améliorations, voire même des tours de défense pour certaines factions, dont les murs solides offrent des espaces de défense bienvenus. Mais toutes les factions ne disposent pas de murs, mais en contrepartie, des armes de siège sont disponibles pour faire tomber les murs.

Comme beaucoup de STR de l'époque, les unités sont formées en escouades, escouades dont la formation peut être modifiée et qui peuvent gagner de l'expérience en combattant. Au niveau 2, par exemple, les escouades se régénèrent, et sont plus difficiles à tuer et infligent plus de dégâts. Il n'existe qu'une seule ressource appelée "Ressources" (pas de fioritures on vous a dit !) qui sert à l'achat de toutes les unités, héros inclus. Chaque faction possède ses propres héros, qui en fonction de leur puissance coûtent plus ou moins cher, mais qui peuvent annihiler des armées à eux seuls, une fois à pleine puissance. Vaincre des unités ennemies ou neutres (comme les antres de gobelins ou de trolls des montagnes) permet également d'acheter des pouvoirs, qui, à l'image des pouvoirs de généraux de Command & Conquer : Generals peuvent fournir des appuis de choix durant les batailles.

  1. Deux campagnes solo: une pour le Bien et une pour le Mal. La campagne du Bien suit l’histoire de la trilogie cinématographique, revivant des passages emblématiques des aventures de la Communauté de l’Anneau, tandis que la campagne du Mal permet de massacrer allègrement ladite communauté pour assurer la victoire de Sauron sur toute la Terre du Milieu.
  2. Graphiquement et musicalement soigné: modèles détaillés et version française de qualité; musique reprenant Howard Shore avec des compositions originales par Jamie Christopherson et Bill Brown.
  3. Les mécanismes de progression: les soldats gagnent de l’expérience, les structures se renforcent, et les pouvoirs variés influent sur le cours des combats.

Electronic Arts a connu par ailleurs des débats autour des cadences de travail et d’un procès en 2006 lié à ces conditions, mais le jeu a connu un énorme succès critique et commercial. Le mechanicisme narratif et ludique a donné naissance à une suite, Bataille pour la Terre du Milieu 2, bien que la version originale demeure largement soutenue par une communauté de joueurs et des mods. Le jeu demeure une référence dans le genre STR contextuel Tolkien, en particulier pour sa restitution des dynamiques entre les grandes batailles et les héros qui les portent.

En dehors du récit principal, le livre rouge et les passages évoquent des batailles et des armées emblématiques, où les Hu­mains de l’Ouest, le Rohan et le Gondor, les Elfes, les Ents et les Aigles s’opposent aux forces du Mordor et d’Isengard. Les batailles s’organisent sur des cartes où chaque emprise est cruciale, les murs et les fortifications côtoient les sièges et les offensives. Les armées s’échelonnent en formations et se renforcent par l’expérience, tandis que les héros gagnent des capacités qui peuvent changer l’issue d’un affrontement donné. Sans héros, aucune armée ne peut prétendre triompher, et c’est la volonté collective des plus petites entités qui finit par renverser le cours des événements.

Tentative d’infographie des factions et unités

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