Quels rapports entre une loup-garou surpuissant qui laisse des traces sanglantes sur son passage et un papa prêt à tout pour sauver son fils atteint d’une maladie ? La malédiction (« curse » en anglais) peut-elle devenir une bénédiction ? Le scénario très surprenant fait un jeu égal entre aventure sanglante du monstre et la lutte du papa pour sauver son fils. Bien sûr, les deux fils vont s’entortiller, mais pas forcément comme le lecteur peut s’y attendre. Non, le grand méchant loup ne va pas manger le gentil papa !
Bien sûr, la part sanglante est omniprésente, et le rendu graphique est à ce point assez intelligent : deux dessinateurs pour se partager les ambiances (le réel au moment du récit et le réel des exploits sanglants qui sont pour ainsi dire projetés comme dans un rêve).
Contexte et naissance du mythe à l’écran
La lycanthropie fascine l’humanité depuis la nuit des temps. Contes populaires, légendes urbaines et autres récits ont hanté l’imagerie populaire bien avant la naissance du cinéma. Evidemment, ce dernier s’est emparé du mythe dès que les moyens techniques lui ont permis de donner vie à la fameuse bête mi-homme mi-loup.
Après le cinéma, il n’a pas fallu attendre bien longtemps avant que la télévision s’empare du phénomène du loup-garou. Ainsi débarque la série « La malédiction du loup-garou » en 1988 sur la FOX, chaîne qui cherchait du contenu original pour concurrencer ABC, CBS et NBC. Le pilote accroche, puis le souffle retombe.
Le scénario et les ressorts narratifs
Eric Cord est frappé par une malédiction. Mordu par son compagnon de chambre atteint de lycanthropie, il se transforme en loup-garou à volonté. Un pentagramme rouge dans sa main l’avertit de sa transformation. Malheureusement pour lui, il se retrouve accusé de meurtre et doit fuir. Il lui faut retrouver coûte que coûte un autre loup-garou, seul moyen pour stopper la malédiction, pendant qu’un chasseur de primes le traque sans relâche…
Contrairement au loup-garou classique, ce héros peut se transformer n’importe quand, et non seulement à la pleine lune. Il est plus violent que le géant vert car il tue les méchants en fin d’épisode. Les épisodes débouchent invariablement sur une lutte entre monstres, dans un effet légèrement ralenti et ultra-stylisé, marqué par une esthétique proche des vidéoclips.
Ambiance et facture esthétique
À l’écran, l’impact visuel est renforcé par des maquillages soignés et des effets spéciaux signés par des professionnels reconnus (Rick Baker partage le travail sur le parcours du monstre avec d’autres grands talents). La série privilégie une ambiance onirique et nocturne, qui se prête à des visions où le réel et le surnaturel se mêlent comme dans un rêve éveillé.
La série s’inscrit dans une période où les conceptions de l’horreur à la télévision jouent avec les codes des clips musicaux et des filtres colorés, tout en maintenant une certaine densité dramatique autour de la quête du héros pour prouver son innocence et sauver autrui.
Héros, méchants et guests
Eric Cord, incarné par John J. York, est un homme ordinaire frappé par une destinée qui le dépasse. Le monstre n’est pas uniquement un antagoniste : il devient, paradoxalement, une piste pour résoudre le dilemme moral et familial qui traverse l’album. Le méchant « velu » est traqué, mais le récit préfère explorer les zones d’ombre du héros et les motivations qui l’animent plutôt que de s’en tenir à un simple combat entre bien et mal.
La série bénéficie de la présence de Chuck Connors et de guests qui deviendront des figures marquantes du cinéma fantastique ou des séries télévisées. La musique de Sylvester Levay contribue à l’atmosphère sombre et oppressante qui accompagne les transformations et les poursuites.
Réception et postérité
La série n’est pas forcément mémorable par son architecture narrative, mais elle mérite un regard pour son ambiance onirique et ses maquillages, et pour le travail de ses maquilleurs qui prolongent l’héritage du film Le Loup-Garou de Londres (1981). Avec ses 28 épisodes et un téléfilm d’ouverture, la série reste une curiosité des années 80 qui a marqué les mémoires par ses teintes cinématographiques et son rythme soutenu.
Au-delà, le mythe du loup-garou persiste dans une galaxie de séries et de films contemporains, où l’on retrouve des œuvres comme Supernatural, True Blood, Teen Wolf, Grimm, ou encore Underworld et Twilight. Le recyclage du mythe se poursuit aussi à travers les remakes et les hommages, et le format télévisuel continue d’explorer les nuances morales des personnages-loups.
Éditions et accessibilité
En DVD et en Blu-ray, des éditeurs dédiés aux années 80 permettent de redécouvrir la série avec des masters parfois modestes, mais offrant une vision complète de la série et de ses bonus, livrées avec des notices et des guides d’épisodes propres à l’époque.
Le lectorat et les collectionneurs trouvent dans ces éditions une occasion de revisiter une époque où l’esthétique et le rythme de l’horreur télévisuelle véhiculaient une certaine magie humaine et mécanique du genre.

Tableau récapitulatif des éléments clés
| Aspect | Description |
|---|---|
| Personnages centraux | Eric Cord, loup-garou, chasseur de primes, père cherchant à sauver son fils |
| Thèmes | Malédiction et rédemption, lutte père-enfant, duel entre monstres et humains |
| Esthétique | Ambiance nocturne, effets maquillage, style cinématographique, influences vidéoclips |
| Support médiatique | Cinéma (Le Loup-Garou de Londres), télévision (Werewolf), DVD/Blu-ray |
La malédiction du loup-garou s’inscrit ainsi comme une œuvre hybride qui privilégie l’observation psychologique et les enjeux familiaux autant que l’horreur graphique, offrant une double lecture où le monstre et le père peuvent chacun trouver leur salut ou leur damnation selon les choix narratifs.