La mutation de la pratique sportive féminine passe par la compréhension des freins qui persistent à l’adolescence et par la mise en place de conditions adaptées pour encourager la persévérance des jeunes filles dans le sport.
La problématique est large: mauvaise prise en compte de la puberté, manque de structures sportives, faible médiatisation du sport féminin… Une adolescente sur deux arrête le sport contre sa volonté, selon une étude de la MGEN.
Ballon de basket entre les mains, Fatima profite du fait que sa coéquipière bloque la défenseuse pour se frayer un chemin jusqu’à la raquette. « Shoote ! », lui crie son équipe. Double pas, tir, panier. Les copines applaudissent.
« C’est l’une des meilleures », analyse Denzel, le cousin d’une des basketteuses, assis en tribune, un œil sur le jeu, l’autre sur son téléphone.
Par manque de joueuses au club d’Argenteuil (Val-d’Oise), les catégories moins de 15 ans et moins de 18 ans ont fusionné en une même équipe d’une quinzaine d’adolescentes de niveau départemental.
« On a perdu cinq filles [cette année]. Ça fait beaucoup parce que j’aurais pu créer deux équipes de dix joueuses », explique Emmanuel Masisa, coach bénévole.
Fatima fait du basket depuis environ cinq ans, elle a découvert le sport en regardant ses oncles jouer les week-ends.
Beaucoup de ses copines ont arrêté à l’adolescence. « Les filles sont plus occupées que les garçons. Mon [grand] frère sort trois à quatre fois par semaine pour s’entraîner. Moi, je suis responsable de mes petits frères quand les parents ne sont pas là. »
Fatima est encouragée par ses oncles à continuer le sport, mais ce n’est pas forcément le cas de ses amies.
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« C’est juste la façon dont ça a toujours été - on sépare les filles des garçons. On dit qu’il est vrai que les garçons peuvent lancer plus loin, courir plus vite et sont généralement plus forts. Donc, pour que la compétition soit équitable, depuis un très jeune âge, les filles ne devraient concourir que les unes contre les autres, afin de garantir des conditions de jeu égales… le statu quo en fait. »
« Eh bien, ce balado avec la neuroscientifique Sonia Lupien de Radio-Canada remet en question toutes ces idées à l’aide de recherches et d’études scientifiques importantes sur cette même question, défaisant ainsi le mythe de la fragilité des filles. »
« C’est un terme qui est devenu une croyance sociétale à l’époque où nous vivons. »
« Depuis toujours, dans les périodes difficiles, les femmes étaient considérées comme tout aussi capables que les hommes et que l’on pouvait les trouver en train de labourer les champs et d’accomplir des tâches physiquement difficiles. »
« Lupien parle de l’étude qui a abordé la question du « lancer comme une fille ». Dans cette étude, on a demandé aux garçons et aux filles de lancer une balle avec leur main dominante. En fait, les garçons lançaient plus loin. Mais lorsqu’on leur demandait de lancer avec leur main non dominante, quelque chose de surprenant se produisait : les lancers étaient égaux. »
« Cette observation a suscité de nombreuses questions sur les capacités physiques inhérentes des filles et des garçons. »
« Dans le balado, Lupien a mis en évidence l’idée que, sans entraînement, les filles et les garçons étaient physiquement égaux. C’est la pratique continue (et peut-être l’encouragement et l’acceptation par la société de ces idées erronées) qui a permis aux garçons de devenir par la suite meilleurs que les filles. »
« Aujourd’hui, nous sommes aux portes de l’avenir de nos enfants dans le sport. Nous savons maintenant qu’il n’y a aucune raison physique pour que les filles soient séparées des garçons. »
« Avez-vous la possibilité de déclencher des dialogues avec les entraîneurs, les organisateurs, etc. ? »
« Parlons à nos filles de leurs capacités et du fait que leur sexe ne devrait jamais les empêcher de participer à une activité qu’elles aiment. »
« Les coachs ne comprennent pas que ton corps change, que t’as des jours avec et des jours sans. »
Les témoignages recueillis dans l’étude révèlent un malaise profond : les jeunes filles ressentent une inadéquation entre des pratiques sportives conçues pour un corps constant et des performances continues, et les différentes phases de leur cycle menstruel.
« Le hand, c’est des mini shorts… Ils pourraient mettre un short plus long, ou le choix entre short et survêtement. »
« Cette pression transforme le sport, censé être un espace d’épanouissement, en source d’anxiété et de perte de confiance. »
« J’ai mon bac en juin, les cours finissaient à 18h et les entrainements commençaient à 19h. J’étais fatiguée, pas le temps pour les devoirs. »
Progression obligatoire, peur de régresser et d’être mise de côté, sentiment d’évaluation permanente...
« L’analyse des freins met en évidence un constat essentiel : l’attachement des jeunes filles au sport demeure fort et le potentiel de reprise est important lorsque les conditions de pratique sont adaptées. »
L’étude MGEN souligne la nécessité de repenser l’expérience sportive des jeunes filles vers une pratique moins compétitive et plus physiologique. Sans cette révolution, le sport restera un terrain d’inégalité avec un impact direct et durable sur la santé des femmes.
* L’étude qualitative, auprès de 507 jeunes filles de France métropolitaine, a été réalisée du 21 septembre au 5 octobre 2025. L’étude qualitative menée sous la forme de 8 focus groupe de 6 jeunes filles et 1 focus groupe de 6 jeunes garçons du 20 au 27 octobre 2025. Les discussions ont réuni des pratiquantes et des abandonnistes, réparties par âge (13-16 ans / 17-20 ans), par type de territoire (grande ville / petite ville ou ruralité, mélangeant France métropolitaine et DROM-COM ainsi qu’un groupe de jeunes hommes pratiquants. »
« Alors que l’Europe vibre au rythme du ballon rond et de l’Euro 2016, Always a décidé de se mettre au sport pour son nouveau spot #CommeUneFille. »
La campagne Always, qui a commencé en 2014, a déjà nettement fait bouger les lignes et les stéréotypes quant à la place des femmes et des filles dans notre société.
« Parce que 41% des filles arrêtent le sport à la puberté et que 50% d’entre elles ne se sentent pas encouragées à continuer après l’adolescence, il est important de faire bouger les choses en incitant les filles du monde entier à poursuivre leurs rêves et le sport. »
Publié le 24 janvier 2025 à 7h30: Chaque 24 janvier est proclamé « Journée internationale du sport féminin », l'occasion de mettre en avant la pratique féminine du sport.
Une activité physique dont se détourne 49% des filles à l’adolescence, selon un rapport de l’UNESCO. Ambassadrices MGEN, la handballeuse Léna Grandveau et la basketteuse Laëtitia Guapo décryptent pour TF1info les raisons de ce décrochage, six fois plus élevé que chez les garçons.
Une fille sur deux se détourne du sport à l’adolescence. Ce décrochage est six fois plus élevé (49%) que le taux de déperdition chez les garçons, selon un rapport de l’UNESCO daté de juillet 2024.
En France, sur la tranche d'âge 11-14 ans, seules 14% des jeunes filles atteignaient, avant la pandémie de Covid-19, les standards recommandés par l’OMS de 60 minutes d'activité physique quotidienne, contre 25% des garçons, révélait une étude de Santé publique France publiée en mars 2023. Pour les 15-17 ans, leur niveau d'activité était encore plus bas (11%).
« Nos ados ne font pas assez de sport »
La pratique du sport n'est pas antinomique avec la féminité. Laëtitia Guapo, basketteuse française, explique : « Quand une jeune fille fait 8-18h tous les jours au collège ou au lycée, habite à 30 minutes ou plus en bus, ne rentre pas chez elle avant 18h30-19h tous les soirs et que ses parents ne la poussent pas à faire du sport, on comprend pourquoi elle en vient à lâcher l'affaire. »
Cette démobilisation est motivée par diverses raisons. En premier lieu, les changements corporels liés à la puberté. Une transformation qui affecte davantage les filles que les garçons. « L'adolescence est un âge compliqué, où l'on se pose des questions et durant laquelle on fait face à beaucoup de changements », explique Léna Grandveau, 22 ans. « Le sport, c'est souvent ce qui est le plus facile à arrêter. »
« Nos ados ne font pas assez de sport »
« Je me revois à cette époque, je me rappelle qu'il y avait souvent des remarques désobligeantes qui fusaient entre les ados », se remémore Laëtitia Guapo, 29 ans. « Ils sont vachement durs entre eux, alors qu'on est en pleine création identitaire. Notre corps change, évolue, se transforme. Pour autant, pratiquer un sport n'est pas antinomique avec la féminité, pas plus que la transpiration ou les muscles. »
Un sentiment de non inclusion. Si ce rejet du sport repose en partie sur des explications physiologiques, à l'instar des menstruations, « un sujet tabou dont on ne parle que très peu, voire jamais », il tient aussi à des normes très sexuées et des stéréotypes prégnants. Dès l'école, on fait ainsi comprendre aux filles que le sport n'est pas fait pour elles.
« On le voit quand il faut déterminer les équipes. Les garçons vont choisir les garçons en premiers et les filles en dernières. Il y a un sentiment de non inclusion », avance la championne du monde 3x3 en 2022.
« Dans mon village, on a un terrain de 3x3. Cet été, j'y suis passée. Beaucoup de garçons jouaient, mais très peu de filles. Il faut les pousser à prendre plus d'initiatives, même si quand on est en plein construction identitaire, ça ne vient pas comme ça. »
« Ça me fait remonter quelques souvenirs », continue Léna Grandveau. « Au collège, j'étais l'une des seules à pouvoir rivaliser avec les garçons. Les autres filles se sentaient mises de côté, du coup elles venaient en jean. À force de mettre des groupes de niveau, de les séparer des garçons, elles ont fini par intérioriser que le sport n'était pas pour elles. »
Les filles intériorisent que le sport n'est pas pour elles. Or, à l’adolescence, l’affiliation prévaut chez les jeunes filles. « On est en quête d'un sentiment d'appartenance. On a besoin de se sentir incluse dans un cercle, un groupe d’amies, de partager des moments et des émotions, c'est hyper important pour se construire », souligne Laëtitia Guapo. « À cet âge-là, au moment de faire ses choix de vie, il peut y avoir des effets de groupe. »
Ainsi, si une fille est sélectionnée dans une équipe, mais que sa copine, elle, n'est pas retenue, la première peut être plus facilement poussée à décrocher.
Au-delà de passer peut-être à côté des futurs talents de demain, on exclut les filles du « sport loisir ». « Moi, j’avais envie de faire du sport de haut niveau, de la performance. Mais, à côté, les filles qui étaient seulement là pour s’amuser sont parties les une après les autres », confirme Léna Grandveau. « Aujourd'hui, on manque de moyens pour les accompagner, pour trouver un équilibre qui leur permettra de continuer à faire du sport. En National, par exemple, les clubs sont vite à quatre entraînements par semaine. Pour certaines filles, c'est difficile à suivre parce qu'elles étudient ou travaillent à côté. Donc, même si ça leur plaît, on les force à arrêter. »
« À long terme, il faut que moins de jeunes filles arrêtent le sport très vite », poursuit la demi-centre du Metz Handball. Tant pour les bénéfices physiques et le bien-être mental qu'apporte la pratique du sport. « C'est un peu comme le dicton 'Mangez cinq fruits et légumes par jour', tout le monde l'entend et le sait. Maintenant, il faut qu'on fasse pareil avec le sport », insiste Laëtitia Guapo. « Faire du sport, ça permet de se sentir mieux dans son corps et dans sa tête. Si chaque semaine, on fait deux ou trois séances, ça devient une routine, une nouvelle hygiène de vie. On dort mieux, on mange mieux. On est plus performant dans les études, on est plus à même à endosser des grosses journées. »
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« Maintenant, il faut que ce soit pris plus tôt et plus jeune dans la continuité de l'école. Deux ou trois heures par semaine, ce n'est pas suffisant. Il faut éduquer tout le monde au sport, en particulier les jeunes filles », lance l'une des meilleures joueuses au monde de 3x3. « Les JO de Paris ont aidé dans ce sens-là en étant les premiers Jeux paritaires. »

Du sport à la pause dej' pour encourager les femmes
Tableau
| Indicateur | Pourcentage | Source |
|---|---|---|
| Filles arrêtent le sport à la puberté | 41% | Always |
| Manque d’encouragement après l’adolescence | 50% | UNESCO |
| Activité OMS recommandé 60 min/j | 14% (11-14 ans, filles, avant COVID) | Santé publique France |