Incantaions est une collection de seize expériences visuelles et sonores centrées sur l’idée du score comme sortilège. L’incantation d’un sort lui donne vie, apporte le souffle au corps, fait frissonner les poils, éveille les esprits. Pour ce projet, huit partitions-magies ont été créées par des artistes visuels et textuels pour qu’un musicien/compositeur les incante.
En élargissant la notion de partition, ces œuvres embrassent le concrete poetry, le collage, la peinture, le dessin, la poésie incantatoire, l’art instructif et la recette. Créant le visuel de couverture, le musicien et artiste Benjamin Kilchhofer convie des peintures au sel rappelant les runes anciennes et les cercles de sel - talismans improvisés de protection. Transposant ces expressions en son, Tomoko Sauvage évoque un environnement embryonnaire, le nettoyage et la purification des océans d’eau salée.
Mehrnaz Rohbakhsh propose une pièce née d’un rituel de dessin - une méditation sur le textile, les motifs et le code. En réponse, Museum Of No Art (Mona Steinwidder) tisse sa composition morceau par morceau. Elle s’intéresse particulièrement à l’état atteint lorsqu’on travaille de manière répétitive, stoïque et excessive vers une forme. Dani Spinosa, poète du numérique et de l’imprimé, crée un poème imprimé typewriter qui a émergé après consultation des Works and Days et Theogony d’Hésiode pour en apprendre davantage sur la déesse sorcière Hécate.
Parallèlement, l’artiste interdisciplinaire Gavilán Rayna Russom poursuit des recherches sur Hécate, enseignant la déesse dans son cours « Queering European Witchcraft Traditions ». La face B se termine par une composition de Felicia Atkinson à travers un texte pédagogique issu de l’artiste conceptuel David Horvitz.
Qu’est-ce que cela fait d’habiter l’esprit d’un corbeau ? L’ouverture comporte la manifestation sonore d’un score par le biais du bricolage visuel d’Andrew Zukerman. S’inspirant du Smiss stone, Zukerman crée un score visuel collé sur papier à musique qui évoque les aspects formels des symboles occultes tout en restant extérieurement séculier. Pour explorer le lien entre nourriture et musique, les commissaires ont commandé une recette à Yu Su, productrice électronique et cuisinière amateur. Sa recette simple et saine de pudding expose des instructions pour la texture et le goût que le musicien Scott Gailey remue dans un caldron sonore mêlant enregistrements de terrain et électronique.
Le chant final, rédigé par l’écrivaine et activiste adrienne maree brown et incanté par la musicienne Beverly Glenn-Copeland, résulte d’une conversation synergique entre les deux. Les huit cartes spirituelles, inspirées du format oracle et tarot, servent d’invitations à l’interprétation et au jeu. Être sous le charme, c’est se perdre dans une transformation, vivre une réalité alternative et collaborer avec une force puissante et inconnue.
Tomoko Sauvage et l’instrumentarium Waterbowls
Les sculptures de verre libèrent des bulles lorsqu’on remplit leurs cavités supérieures d’air, générant des notes et des rythmes selon la taille des cavités et la pression des pompes. L’installation fait écho à la pratique performative de Tomoko Sauvage, qui utilise des coquillages comme instruments produisant des sons de bulles. Elle réutilise également le motif récurrent de la clepsydre, horloge d’eau, instrument traditionnel pour mesurer le temps. Buloklok réfléchirait sur ces temporalités fluides et subjectives, tout comme chaque être vivant possède ses propres rythmes respiratoires.
Des sculptures en verre réalisées par les souffleurs Takashi Hamada et Silicybine complètent l’installation. Les premières itérations de Buloklok furent soutenues par Sonic Acts à Amsterdam et The 5th Floor à Tokyo. Invisible Landscape (Live) est une performance live de Soundwalk Collective avec FRANKIE & Tomoko Sauvage, captée au La Centrale lors de la Biennale SonLa Centrale en 2025.
Cette pièce live suit une trajectoire sonore des glaciers fondants du Groenland vers les déserts arides du Chili, nourrie par des enregistrements de terrain réalisés par Stephan Crasneanscki en 2024, introduisant les transformations physiques et acoustiques de ces environnements menacés. La performance met en valeur la chanteuse et musicienne FRANKIE (Franziska Aigner), qui explore l’intersection performance, musique et philosophie, en jouant du violoncelle et de la voix et en récitant des extraits des écrits environnementaux de Rachel Carson, tout en s’appuyant sur sa pratique solo mêlant instrumentation classique, voix et électronique.
La compositrice et artiste sonore parisienne Tomoko Sauvage agit avec des waterbowls - bols en porcelaine remplis d’eau et amplifiés par hydrophones - pour produire des textures tonales modelées par le mouvement de l’eau et la résonance. Le programme évoque le chant des sables, phénomène acoustique présent dans certains des paysages les plus secs du monde. La partie live comprend aussi des projections vidéo de Pedro Maia, composées d’images capturées par Crasneanscki en Groenland, en Islande et dans des zones désertiques extrêmes. Cette dimension visuelle élargit la portée spatiale et écologique de l’œuvre, réunissant le son et l’image dans une performance sur la transformation et la perte environnementale.
Biographie et approche artistique
Tomoko Sauvage, née en 1976 et basée à Paris, situe son travail à l’intersection des éléments naturels et de la musique électronique, créant des paysages sonores immersifs. Son instrumentarium Waterbowls réunit eau, hydrophones et bols en porcelaine et verre, générant des textures sonores par les gouttes, les vagues et les bulles - une trame électro-aquatique qui oscille entre contrôle et hasard. Sa pratique s’étend en performances de longue durée, installations sonores et collaborations musicales et chorégraphiques. Son travail a été présenté dans des festivals et lieux internationaux tels que RIBOCA, V&A Museum, Manifesta, Roskilde Festival, Nyege Nyege et Centre Pompidou Metz. Elle a publié deux albums solo, Ombrophilia (and/OAR, 2009) et Musique Hydromantique (Shelter Press, 2017).
Her travail est régulièrement diffusé par les radios et chaînes télévisées telles que BBC, France Musique, NPR, ORF et Deutschlandfunk Kultur. Tomoko Sauvage a produit des œuvres d’installation exposées dans des centres d’art et musées comme Sharjah Art Foundation (EAU), Ex Teresa (Mexico City) et Empty Gallery (Hong Kong). Son deuxième album soliste, Musique Hydromantique, est le fruit de dix années d’exploration acoustique de l’eau, poursuivant la lignée de son premier opus. Le travail de Sauvage se fonde sur les performances des waterbowls - un synthétiseur naturel composé de bols en porcelaine remplis d’eau et amplifiés par hydrophones - et explore les propriétés acoustiques et visuelles de l’eau sous diverses conditions.
Depuis 2010, l’intérêt pour le larsen hydrophonique s’est accru et son approche se décline en performances de longue durée, installations et collaborations. Ses titres, tels que Calligraphy, ont été enregistrés dans des espaces réverbérés particuliers, et des projets comme Fortune Biscuit et Clepsydra exploitent les bulles et les percussions d’eau comme éléments structurels du timbre. L’hydromancie, art de la divination par l’eau, donne aux bulles et aux ondes imprévisibles le rôle d’oracles sonores. Puisque tous les titres ont été enregistrés en live, sans effets électroniques ni montages, l’imprévisibilité et la présence du lieu déterminent l’expérience auditive. Tomoko Sauvage travaille également sur l’électro-acoustique et intervient dans des contextes internationaux, avec des collaborations musicales et chorégraphiques variées et des sorties discographiques chez différentes maisons et labels.
Cette richesse discographique et performative illustre la manière dont l’écologie sonore et la poésie des matières (eau, céramique, lumière, silence) se mêlent pour former des environnements immersifs où le public est invité à écouter autrement - une pratique qui transforme le simple auditeur en participant vivant d’un sortilège acoustique.
- Découverte et interprétation des cartes-lectures: l’audio et le texte s’entrelacent pour révéler des formes incantatoires.
- Expérimentation autour des éléments: eau, céramique, supports sonores et phénomènes physiques tels que la résonance et le larsen.
- Rôle des performances live et des installations dans l’élaboration d’un univers en mouvement.

Tomoko Sauvage et ses Waterbowls
Ce qui unit ces pratiques est une paramétrisation sensible du temps et du lieu: l’espace acoustique, la température et l’humidité influencent les performances et même l’évaporation de l’eau, conditionnant les possibilités sonores. L’inconvénient apparent de l’imprévisibilité devient ici la source d’une musicalité organique et de textures en constante évolution.
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