Dans son dernier roman, Martin Suter mêle amour, frustration et vengeance dans un puzzle psychologique où Zurich devient théâtre de passions contrariées.
Camilla est comptable mais elle n’est pas acariâtre. Etrange. Je ne sais pas si le phénomène est lié au prénom mais elle rêve d’une vie de reine. C’est la crise de la trentaine routinière. Elle aime son compagnon, mais comme il ne s’appelle pas Charles et qu’il n’a pas de grandes oreilles pour faire tenir sa couronne, elle décide de le quitter et de changer de vie.
L’avantage de vivre à Zurich, c’est qu’un détecteur de métaux est inutile pour se dégoter une seconde main avec un bon PIB. Le petit suisse abandonné s’appelle Noah. Il est fou amoureux, pas tennisman, mais exerce le métier de peintre incompris, donc fauché. Un artiste désespéré.
Alors qu’il cherche à noyer sa peine dans l’alcool, mais elle sait nager entre les glaçons, il fait la connaissance de Betty, une veuve sexagénaire richissime. La dame veut venger la mort de son mari, trépas qu’elle met sur le râble de son ancien associé.
Comme sa dernière expo ne va pas lui ouvrir les portes du Louvre, ni les fenêtres, Noah pense qu’une reconversion en tueur à gages pourrait lui permettre de faire de Camilla une Lady. Le roman de Martin Suter déroule une intrigue façon puzzle pour jour de pluie qui m’a rappelé celle de « Melody », un de ses derniers romans, puisqu’elle décrit à nouveau une frustration amoureuse qui dope l’inspiration ou l’imagination mais flirte d’un peu trop près avec une violence criminelle.
Entre l’amour et la fureur transite l’obsession, quand le sentiment devient le symptôme d’une névrose. Si je reconnais au récit une grande subtilité des dialogues qui pilotent l’histoire tout en révélant les caractères complexes des cobayes de l’auteur, j’ai trouvé le dénouement assez prévisible. Il m’a manqué un peu de mystère.
Dans ce roman très spycologique pour dyslexique romantique, les personnages sont un peu trop sages et se font plus docilement manipuler que le lecteur que je suis. Je dois avouer que rapidement, j’ai trouvé ce Noah un peu benêt. D’accord, l’amour rend aveugle mais je n’ai pas la patience d’un labrador.
Martin Suter reste un auteur très agréable à lire dont les descriptions privilégient les ambiances chics aux visites guidées. Ses chapitres sont plus courts que mes phrases trop longues. La lecture est rythmée, bien aidée par l’omniprésence des dialogues. On se croirait dans un salon de coiffure.
La bandeau de l’éditeur annonce avec beaucoup d’originalité une intrigue diabolique. Martin Suter est un écrivain aussi fantasque que talentueux. Il n’est sans doute pas aussi connu qu’il le devrait en France, alors qu’il est une star en Suisse et au-delà. Les éditions Phébus ne manquent pas de le rappeler, évoquant sur le bandeau de son dernier ouvrage « L’auteur aux 40 millions de lecteurs ».
Le romancier de 77 ans aime traiter le thriller à toutes les sauces : la métaphysique (« Le Temps, le Temps »), la gastronomie (« Le Cuisinier »), la finance (« Montecristo »), la génétique (« Eléphant »). Dans les années 2010, il a inventé un personnage de détective dandy amateur d’art, Allmen, dont il décline régulièrement les aventures baroques. Il a par ailleurs écrit des textes pour le chanteur Stephan Eicher.
Avec,« Melody » (2024), son précédent opus ayant pour héroïne une femme disparue, le romancier avait amorcé un virage vers davantage de simplicité narrative, en signant toutefois une fin à la Agatha Christie. « L'Amour et la Fureur », son dernier né, semble confirmer ce choix… en trompe-l'oeil.
Résumé
Lasse de se morfondre dans une vie étriquée, Camilla quitte du jour au lendemain son boulot de comptable et son petit ami, Noah, artiste sans le sou qui vit à ses crochets. Elle se dit pourtant encore amoureuse, mais cela ne lui suffit plus. Désespéré, le jeune peintre est prêt à tout pour reconquérir sa muse. Alors lorsqu'il rencontre Betty, la veuve sexagénaire d'un homme d'affaires poussé dans la tombe par son associé, Noah accepte la mission de tueur à gages qu'elle lui propose pour obtenir vengeance, moyennant une juteuse rémunération. Mais l'amour et la fureur ont-ils jamais fait bon ménage ?
Maître du trompe-l'oeil, des ellipses savamment distillées et des dialogues à double fond, Martin Suter nous offre un suspense acide et jouissif, où la vérité se joue de nous jusqu'à la dernière ligne. « Une fois de plus, Suter recourt avec brio au jeu des apparences, où les transparences ne sont que des miroirs dans un labyrinthe de glaces. Un divertissement éblouissant porté par un style élégant et savoureux, très bien traduit par Olivier Mannoni. »

« L’amour et le meurtre n’ont peut-être jamais été aussi inextricablement et splendidement mêlés que dans le nouveau roman de Martin Suter, L'Amour et la fureur. »
Shutter Island : L'analyse complète du thriller qui vous hantera
« L’Amour et la fureur m’a surpris. Car il se lit très bien. Et l’auteur, Martin Suter est un malin. Le Suisse tisse habilement son histoire, dresse le portrait des personnages de façon quasi cinématographique. Avec en toile de fond, trahison et soif de pouvoir. »
Entre satire sociale et thriller psychologique, Martin Suter s'amuse (et nous aussi !) à démonter les mécanismes de l'amour quand il s'emballe et rappelle avec beaucoup d'humour que réfléchir avant d'agir reste une option. Un roman plein d'humour que je n'ai pas pu lâcher !
Avec un sens du rythme et de ses changements impeccable, Martin Suter va d'un personnage à l'autre et laisse son lecteur se faire ses opinions. Son écriture est épurée mais elle charrie aussi une bonne dose d'ironie et d'étrangeté. On doute de tout et on est trimballé par l'intrigue. Il y a un réel plaisir de lecture et jusqu'aux dernières pages, on se laisse surprendre. Par-là, il interroge le couple, la réussite, l'ambition et le pouvoir.
« La vengeance est un plat qui se mange froid. Avec un style toujours impeccable, Martin Suter mêle histoire d'amour, art, humour et surtout la préparation de la revanche parfaite... Un roman haletant, surprenant jusqu'à la dernière page, un coup de cœur ! »

La vérité et le mensonge se confondent dans L'amour et la fureur, jusqu'à créer un amas de beauté et de cruauté. Un roman explosif et jouissif !
Entre trahison et pouvoir, Suter démonte les mécanismes de l’amour et de l’argent dans un pays où l’art et la finance s’entrechoquent. Tout commence calmement. Puis un détail dérape… et nous sommes déjà pris dans une intrigue fine, élégante et redoutablement addictive. L’amour et la fureur est un roman à suspense qui utilise l’amour perdu comme moteur émotionnel et la vengeance comme moteur narratif.
À travers l’histoire de Noah et de Betty, Suter met en scène des personnages pris entre désir, frustration et colère, et interroge jusqu’où ils sont prêts à aller pour reconquérir ce qu’ils ont perdu ou punir ce qu’ils jugent injuste.
Shutter Island : L'analyse complète du thriller qui vous hantera
Tout commence calmement. Puis un détail dérape… et nous sommes déjà pris dans une intrigue fine, élégante et redoutablement addictive. L’amour et la fureur est un roman à suspense qui utilise l’amour perdu comme moteur émotionnel et la vengeance comme moteur narratif.
Maître du trompe-l'oeil, des ellipses savamment distillées et des dialogues à double fond, Martin Suter nous offre un suspense acide et jouissif, où la vérité se joue de nous jusqu’à la dernière ligne.