Lors de l’âge d’or des magazines BD, ceux-ci faisaient office de découvreurs et murisseurs de talents.
Ce rôle n’existe plus, remplacé en partie techniquement par internet et économiquement par les albums.
Toutefois, s’ils ne découvrent plus de talents, ils donnent une large exposition aux auteurs débutants comme confirmés, bien plus large que ne le font les albums (sauf exceptions), et surtout restent un vrai laboratoire de recherche de formes, ce qui est le plus visible dans un numéro comme celui-ci.
Les pousses des marges des numéros précédents se sont épanouies en fleurs envahissant tout ce numéro double spécial printemps, depuis les marges elles entrent jusque dans les BD, et, de manière provocante pour un numéro de printemps d’habitude vu comme un renouveau de la vie, cette prolifération de fleurs est délibérément présentée comme une menace, avec une couverture titrée « un printemps en enfer ».
Cela fait des années que Noël est vu sous le prisme de l’ironie, c’est maintenant à la deuxième thématique des Spirou spéciaux, pourtant loin des valeurs traditionnelles ou religieuses, est déconstruite.
Signe de temps où l’humour ne serait vraiment plus que la politesse du désespoir ?
Exemplaires à ce titre sont les histoires courtes de Véronique Cazot et Benjamin Benéteau (nouveau venu comme dessinateur dans Spirou, où il est néanmoins présent depuis plus de 10 ans lors de publicités pour Michel Vaillant, dont il est le dessinateur, reconverti ici dans un style comique), Flower power, où des hippies finissent par haïr le retour des fleurs pour lequel ils avaient milité, et celle de Seccotine par Renaud Collin et Damien Cerq annoncée en couverture, relativement longue (16 pages, mais réparties en tranches de 4 le long du numéro, par crainte de déséquilibrer le magazine).
Mais cela accentue le suspense, et la partie finale du magazine, avec les histoires (à suivre), a des marges fleuries différentes du reste du magazine, créant un très bel effet visuel sur la tranche, un beau travail des graphistes Dominique Paquet et Julien Marlière, et du concepteur du magazine, Damien Cerq.
En dehors de l’édito des Fabrice qui se résignent à perdre leur dignité en se déguisant en fleurs, un beau dessin pleine page de Capucine et Cerq représentant une abeille présentant un dessin d’une fleur vue en coupe comme une arme à laquelle son espèce devra faire face, encadré de fleurs aussi réalistes que resplendissantes, illustre bien le paradoxe de la beauté fatale qu’a choisi d’illustrer ce numéro.
Certains auteurices jouent avec le thème de l’invasion des fleurs, comme Clémence Perrault, Damien Cerq et Ludwig Allizon dans Léon et Léna, Bertschy dans Nelson, Cyril Trichet, Esteban et Dav dans Pernille, Fabrice Erre, Bernstein et Sandrine Greff dans un hilarant Le nouvel ordre mondial hoquète, sur le complotisme, Thomas Priou, Damien Cerq et Sophie David dans un nouvel épisode de La clairière s’amuse où la prolifération de fleurs a un effet délétère sur le désir de chair du renard, Thomas Bonis et Tofy dans une histoire animalière sur deux écureuils à la recherche de noisettes.
D’autres font simplement une histoire autour de fleurs, sans parler de l’invasion : Mouk fait une page de gag sur Babeth, une très jeune apprentie influenceuse qui présente un tuto sur un bonhomme de printemps, Ples, Clémence Perrault et Damien Cerq une page de cartoons intitulée À fleur et à cris, avec Laurent Voulzy en invité, car auteur d’une chanson intitulée Le pouvoir des fleurs, qui ne dira pas grand’chose aux moins de 33 ans, l’âge de la chanson.
Bercovici, Bernstein et Dominique Thomas et leur 3 infos 2 vraies 1 fausse, Hervé Bourrhis deux pages délirantes et décalées tant graphiquement, et dernières cases en noir complet sur un écran qui freeze, que dans l’histoire, en coq-à-l’âne.
Des auteurs vont plus loin et utilisent les fleurs jaillissant des marges dans leurs propres planches, comme Libon et ses Cavaliers de l’apocadispe, Jacques Louis dont la Familly life doit faire face à une difficile transition printanière, Manu Gaboriau, nouveau dans Spirou, et enfin Aux grands maux, de Bouzard, où celui-ci tente de s’occuper de son jardin.
Le rédactionnel est dans le ton, avec Bienvenue dans mon jardin, qui parle de la passion du jardinage de Kox, et Seccotine et moi, où Justine Cunha parle de ses héroïnes de fiction et BD, née en 1992, goûts très générationnels, de même qu’une publicité pour une série jeunesse chez Dupuis, Holly Molly, dont la couverture représente un champ de fleurs.
Dans les histoires (à suivre), alors que la quête fictionnelle des sœurs Grémillet semble atteindre son but, elles se trouvent dans la réalité dans une impasse : comment les auteurs Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci, se sortiront-ils de cet intéressant nœud scénaristique ?
Suite de Mi-mouche, qui s’ouvre sur une énigmatique évasion de cochons dans la ville et se poursuit avec la découverte d’une salle de boxe, avec une héroïne dans le déni.
Si, la boxe est un sport terriblement violent et douloureux.
Fin de Frnck, L’objet impossible, avec une pirouette scénaristique d’Olivier Bocquet, et par Brice Cossu et Yoann Guillo, une ultime case de ce dixième tome qui ravira tous les passionnés d’animaux préhistoriques.
Après 24 tomes, les qualités et l’originalité de la série Donjon ne sont plus à vanter.
A partir d'un terreau abondamment travaillé et parmi les plus codifiés qui soient, la série crée et développe sa propre mythologie en multipliant les époques et en variant le ton.
Comme dans toutes les épopées, il y a le plaisir de retrouver une multitude de personnages familiers, plus ou moins héroïques qui se croisent au gré des ramifications de l’histoire.
Il y a aussi celui de la découverte de talents grâce à la formule des dessinateurs-invités et qui se fondent dans ce monde, débordant d’un enthousiasme perceptible, sans pour autant renier leur style.
Donjon, c’est énorme, c’est dingue, c’est frivole, c’est infini.
Et pourtant Des soldats d’honneur est une claque monumentale, sombre, riche, désespéré, profond.
Un livre sur le destin, la soumission, la résignation, tous subis et célébrés dans une sorte de culte informel et païen.
Rustre il l’est, Görk le soldat aveuglément dévoué au Grand Khan.
Privé d’un libre-arbitre à force d’obéissance aveugle à l’autorité, ses actes sont barbares, motivés par ses instincts primaires, les seuls qu’il a la faculté d’exercer.
L’image d’un Sisyphe et de son rocher ne sont pas loin.
Là, une pensée qui prend forme pour être amenée à la lumière dévale fatalement la pente avant d’avoir pu aboutir à un acte.
Cet esprit formaté fait penser à ceux des victimes des mouvements sectaires, dépassés par ces puissances qui les gouvernent et dont ils peinent à imaginer qu’elles pourraient chercher à leur nuire.
Les réflexions de Görk tombent à plat, clouées au sol par la chape de plomb qu’on lui a toujours imposée.
La voix off qui s’exprime tout au long du récit avec des mots simples, ces raisonnements rudimentaires, ces exposés sans concessions ni non-dits, en un mot ce mode de narration, installent une ambiance unique et poignante.
Cellle d’une chanson médiévale contée dans un langage moderne.
Mais cette ambiance on la doit aussi au talent de Bézian.
Le ton est donné dès la couverture hargneuse et dramatique sur fond de déluge apocalyptique.
Cette scène, développée dans l’album, est symbolique de la force de ce trait qui laisse pantois.
Le style « hachuré » est remarquable d’équilibre, alliant détail et sobriété à un niveau d’excellence rarement atteint.
Spontanément, on a envie de citer en exemple cette pluie, diluvienne et pénétrante, comme on n’en avait plus vu dans un autre registre depuis le Sin City de Miller.
Mais on a en tête aussi les scènes d’ombres sous la tente, les monuments fragiles et symboliques d’un monde en ruine ou l’aridité brûlante de ce désert d’où on ne revient pas.
Et, de bonne grâce, on rendra hommage au travail de Walter, dont les choix des couleurs, ici tout en sobriété, servent efficacement cet univers, quel que soit le dessinateur.
Bon sang que l’année commence bien !
Avec un nouveau Potron-Minet, deux Monster dessinés par Bercovici et Stanislas et le Zénith de Boulet qui se profilent prochainement, le mythe n’est pas prêt de s’éteindre et les fans n’ont pas fini de trépigner d’impatience.
David Bercovici-Artieda est un directeur de la photographie expérimenté avec une longue carrière.
Hailing from Ecuador, thisdynamic filmmaker’s journey into the realm of visual storytelling commenced at a tender age of six through television performance, ultimately fostering a passion for photography.
From humble beginnings as a loader, David’s ascent to becoming a dedicated cinematographer is a testament to his unwavering commitment to excellence.
