Avec Mandy, Panos Cosmatos signait une œuvre hors norme qui favorise la matière, la chair, le sang, plutôt que les CGI froids et désormais courants qui semblent insaisissables. Amour absolu, relation fusionnelle, perte, héros brisé, folie, descente aux enfers, cauchemar, vengeance explosive, Mandy contient certaines caractéristiques fortes du revenge movie tout en s’imposant avec son style hallucinatoire, son univers psychédélique et son grand impact plastique. Nicolas Cage (Red Miller), la plupart du temps mutique, s’impose avec l’un des rôles les plus impressionnants de toute sa carrière. Un large spectre d’émotions extrêmes le traverse et apporte l’intensité nécessaire aux différentes scènes clefs du récit. Son style instinctif, profond, intime, primal, viscéral et brut plonge le spectateur dans un état de stupéfaction, à un rythme impressionnant. Il faut le voir boire de l’alcool, à moitié déshabillé dans sa salle de bains, hurlant, pour prendre la mesure du profond traumatisme qu’il a subi.
Ce passage exprime une grande détresse, que la bouteille aide à extérioriser. Andrea Riseborough (Mandy Bloom), quant à elle, propose un jeu plus subtil. Son rôle sert de catalyseur à l’arc de Red. Bien qu’elle n’apparaisse pas tout au long du film, sa présence quasi spectrale domine l’écran, même lors de ses absences. Douce, précieuse, évanescente, envoûtante, diaphane, sa disparition motive toutes les actions de Red et donne de la profondeur à leur relation, renforçant le poids du drame et de la tragédie. Moi, je t’ai reconnu. Linus Roache, enfin, incarne un antagoniste mégalomaniaque, pathétique, grotesque, fanatisé, croyant en sa prophétie et à son culte sectaire. Il souhaite faire de Mandy sa muse. C’est par le pouvoir de la violence et des mots qu’il tente désespérément d’avoir le dessus sur les personnes qui l’entourent. Sa jalousie et sa rage enfouie masquent une blessure narcissique responsable du destin chaotique de Red. Une antithèse du héros particulièrement atypique, qui est mue par une théâtralité maladroite.
Sur le plan formel, Mandy profite d’une identité visuelle impressionnante. Par ailleurs, l’insistance sur les visages, les environnements, la lenteur globale, évoquent certains films de David Lynch, où l’expérience sensorielle prévaut sur la clarté narrative, bien que les enjeux soient assez simples à assimiler. Le début est presque élégiaque, avant de se transformer en un délire métal, synthétique et hypnotisant. Le travail du compositeur (Jóhann Jóhannsson) se confond avec les couleurs, les matières, les ralentis, les effets d’optiques, les flous. Une œuvre testamentaire (il s’agit d’un des derniers travaux du musicien avant son décès en 2018) qui évoque le deuil et la fureur contenue, privilégiant l’intensité prolongée aux climax. Par l’imprégnation débordante des multiples références qu’il contient, la façon spectaculaire dont il arrive à s’en démarquer, son retour aux sources salvateur, sa polysémie, ses symboles graphiques homogènes, ses climax morbides, Mandy est un bijou scintillant, noir, macabre, psychédélique, premier degré, qui multiplie les vertiges. Les larmes précèdent la furie ; la quiétude, la déflagration.
Contexte et trajectoire du film
Synopsis : Pacific Northwest, 1983. Red Miller et Mandy Bloom mènent une existence paisible et empreinte d’amour. Montage : Brett W. Production : Daniel Noah, Josh C. Pacific Northwest, 1983. Red Miller et Mandy Bloom mènent une existence paisible et empreinte d’amour. Avant de voir Mandy, il faut savoir qui est son réalisateur. Panos Cosmatos qui signe ici son deuxième film, est le fils de George Pan Cosmatos, décédé en 2005, un petit maître de la série B des années 70 et 80, dont le film le plus célèbre a été Rambo 2. Mais à qui on doit aussi un James Bond, Le pont de Cassandra ou Tombstone. Les plus geeks des années 80 retiendront eux surtout Cobra avec Sylvester Stallone ou …
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Panos Cosmatos est un réalisateur peu prolifique ! Le fils de l’inégal faiseur de divertissement George P. Cosmatos s’était jusque là illustré uniquement avec Beyond the Black Rainbow, film de SF hypnotique et atypique sorti discrètement en 2010. Il remet le couvert en 2018 avec Mandy, revenge movie à l’intrigue assez simple : en 1983, un couple qui vit au fond des bois se voit attaqué … Envoutant. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit pour décrire ce film. J’ai pris une claque… une très grosse claque. Mandy est sublime. Rarement la violence n’aura été aussi bien retranscrite. Tout en étant bien déjanté, ce film reste subtil dans sa mise en scène, c’est paradoxal mais c’est pourtant ce que l’on peut ressentir. Les plans sont d’une beauté époustouflante. C’est très stylisé, le film a une réelle identité … Pleins de mystère dans ce film captivant aux couleurs et lumière enivrante.
Au début du film Red demande à Mandy quelle planète elle préfère, celle-ci répond Jupiter(Zeus) car c’est la planète la plus … Dans les années 1980, Red Miller et sa compagne Mandy mènent une vie idyllique dans une maison isolée en pleine forêt. Leur existence bascule lorsqu’ils rencontrent Jeremiah Sand, une sorte de gourou hippie accompagné par une bande de motards sanguinaires. Le couple subit leur harcèlement. Livré à lui-même, Red décide de se venger des tortures qu’il a subies avec Mandy.
La musique a été composée par Jóhann Jóhannsson, qui avait composé auparavant la bande son des films Le Jour de mon retour en 2018, Mother ! en 2017, Blade Runner 2049 en 2017 et Premier contact en 2016. Parmi les actrices et acteurs principaux, on a pu voir au cinéma Nicolas Cage dans Spider-Man : New Generation (2018, voix) et Dog Eat Dog (2016) ; Andrea Riseborough dans Battle of the Sexes (2017) et La Mort de Staline (2017) et Linus Roache dans Jugez-moi coupable (2006) et Twelve and Holding (2005).
Sorti en 2018, le thriller américain Mandy mené par le nouveau venu Panos Cosmatos offrait à Nicolas Cage un rôle à sa (dé)mesure. Le film, qui avait marqué les spectateurs lors de sa projection au festival Sundance est désormais disponible sur Netflix. Situé en 1983 dans le Nord-Ouest des États-Unis, le long-métrage dépeint l’idylle entre Red Miller et sa petite amie Mandy, alors qu’ils vivent une existence paisible au cœur de la forêt. Les choses prennent une tournure radicale lorsqu’une nuit, le couple est attaqué par les membres d’une mystérieuse secte qui laissent Mandy pour morte. Fort d’une direction artistique très stylisée, le film s’appuie sur des ressorts du cinéma de genre (lumière néonisée, brouillard artificiel et musique retrowave) afin d’instaurer une ambiance tout aussi pesante qu’éthérée.
Si le style visuel et sonore n’est pas sans rappeler les clips de Carpenter Brut, le film se dissocie de cet univers par une approche plus contemplative qui rappelle le cinéma de Tarkovsky. Dans ce monde gangrené par la drogue et le dogmatisme, le périple de Red Miller se transforme peu à peu en voyage spirituel et initiatique qui le mènera aux portes de l’enfer. Tout au long de ce trip visuel et auditif, on découvre une galerie de personnages dont la noirceur de l’âme ferait pâlir les plus fervents cénobites des romans de Clive Barker, tels que ces motards SM tout droit sorti d’un épisode de Hellraiser, ou encore le gourou de la secte joué par Linus Roache, ersatz de Charles Manson.
Le récit est porté par la musique électrique et envoutante de Jóhann Jóhannsson (un hommage posthume est titré à la fin du film en son honneur), le travail de la lumière et de l’image a été confié au directeur photo Benjamin Loeb (déjà à l’oeuvre sur King Cobra de Justin Kelly). En découle un style VHS et un grain de pellicule artificiel qui donne un cachet tout particulier à l’image. Quant aux effets visuels, ils participent également à donner vie à cette imagerie extra-terrestre que l’on imagine tirée d’une œuvre de science-fiction Lovecraftienne. Habitué des séries B fauchées et figure moquée de la presse internationale, il est facile d’avancer que Nicolas Cage est un acteur sous-exploité.
Choix de carrière douteux ou aux motifs exclusivement pécuniers, celui qui dans les années 90 et 2000 tournait pour Brian de Palma, Spike Jonze ou encore Martin Scorsese n’est aujourd’hui qu’une pâle copie de lui-même. Si l’on n’a pu le voir briller en 2013 dans le drame indépendant Joe de David Gordon Green, le comédien s’était à nouveau égaré dans des rôles faciles avant d’accepter celui de Red Miller grâce à l’appui notable d’Elijah Wood, ici producteur du film. Bien sûr, le personnage n’a pas l’épaisseur dramatique d’un Yuri Orlov dans Lord of War, mais l’interprétation de Cage suffit à plonger le spectateur dans la psyché tourmentée de son héros. S’il est d’abord un amant tendre et consciencieux, le personnage se mue en ivrogne pathétique et en vengeur peu scrupuleux dans la deuxième partie du film.
Fils du réalisateur George Cosmatos (Tombstone, Rambo II ou encore Cobra), Mandy est le deuxième film de Panos Cosmatos (Beyond the Black Rainbow sorti en 2010). À raison, le cinéaste ne cache pas ses origins ni ses références. Ainsi, son style reprend l’iconographie des films de Jodorowsky, Carpenter ou encore Argento, et en détourne les artifices pour mieux faire converger les degrés de lecture. Ces personnages sont tout aussi minables qu’ils sont iconiques, et la puissance dramatique de chaque scène réside dans sa versatilité. L’émerveillement peut très vite laisser place au gore outrancier, et inversement. Moins populaire que son homologue Robert Rodriguez, ses longs-métrages s’adressent avant tout aux amateurs de série B ayant digéré les codes des films de réalisateurs en marge du système.
- Réalisme brutal et esthétique plastique emphatiques
- Influences Lynch, Carpenter et Tarkovski
- Musique de Jóhann Jóhannsson comme colonne vertébrale
- Rôle central de Cage et dynamique relationnelle Mandy-Red
- Ambiance néon, brouillard et atmosphère psychédélique
