Longtemps opposés, le jeu et le travail cohabitent aujourd’hui de plus en plus dans les entreprises. Challenges, serious games, jeux de rôle, escape games ou simulations se multiplient dans les bureaux et les open spaces. Bien avant l’apparition du terme gamification, les sociologues avaient déjà observé que les salariés jouaient au travail. Dans certaines usines, les ouvriers se lançaient des défis pour rendre la production moins monotone. Les formes les plus fréquentes sont les challenges, les jeux de rôle, les simulations et les activités de team building. Le jeu ne fonctionne cependant pas dans tous les contextes. Certains salariés peuvent le percevoir comme infantilisant ou artificiel. Autre limite : le jeu n’est jamais totalement sans conséquence. La gamification séduit parce qu’elle favorise l’engagement et l’apprentissage autrement que par les méthodes traditionnelles.
Toutes les réunions ne poursuivent pas les mêmes objectifs et n’exigent donc ni le même niveau de préparation, ni la même durée. Le jeu peut être analysé comme un outil qui, lorsqu’il est bien conçu, place les participants dans des circonstances réelles ou réalistes et permet d’apprendre en s’amusant. Dans le cadre du « jeu de rôle », il y a « jeu » et cela détend tout en favorisant l’apprentissage et le développement des compétences; les participants restent concentrés et l’observation est au cœur du débriefing. Le formateur établit un contexte précis et deux ou trois participants jouent un rôle, tandis que les autres observent grâce à une grille d’observation. À l’issue du jeu de rôle, on organise un débriefing de groupe axé sur les éléments les plus factuels et sur les leçons à tirer.
Objectifs et conditions de réussite du jeu de rôle en formation
Pratiquer une simulation ou un jeu de rôle, c’est mettre les apprenants dans une situation qui se rapproche de conditions réelles, avec un environnement plus sécurisé. En revanche, en jouant le rôle du recruté, il est possible de changer de vécu et de point de vue, ce qui permet de prendre conscience des dynamiques internes et des biais potentiels. Cela permet à ceux qui pensent être supérieurs aux autres de se voir réellement et surtout à ceux qui ont une faible estime d’eux-mêmes de mesurer la différence entre le ressenti et la réalité. En amont, le formateur doit définir une situation crédible, un scénario et une consigne qui permettent d’atteindre l’objectif pédagogique recherché. Il faut rédiger une fiche descriptive précisant le contexte, le sujet évoqué, la fonction de chacun et le comportement attendu.
En tant que formateur, il faut expliquer ce jeu de rôles et pourquoi il est mis en place. Parfois, les plus réticents peuvent être observateurs au début, puis chacun jouera un rôle différent (par exemple recruteur puis recruté puis observateur). Il est important de remercier les stagiaires pour leur investissement et de commencer la phase par le recueil des impressions à chaud des protagonistes. Cette étape essentielle est suivie d’un débriefing collectif qui met en évidence les points forts et les leçons à tirer. Une grille d’évaluation des jeux de rôles constitue une technique intéressante pour structurer le retour et assurer l’objectivité du processus.
Conduite pratique et rôle de l’animateur
Si vous êtes l’animateur de la réunion, vous en êtes aussi le metteur en scène. Il faut poser les bonnes questions et guider le groupe dans la construction de la scène: où se déroule-t-elle, qui participe, quand se passe-t-elle, quel est l’objectif recherché, et comment impliquer chacun sans exposition inutile. Le groupe peut être organisé autour de tables rondes avec un hôte et des ambassadeurs qui se déplacent entre les tables afin de partager les réflexions et d’enrichir les échanges. L’animateur répond aux questions, recadre si nécessaire et rassure les participants qui en ont besoin, tout en assurant l’aspect collégial de la préparation. Pendant la simulation, l’animateur peut analyser en direct le jeu et relever les moments significatifs.
La durée pratique d’un exercice est généralement d’environ 10 minutes, susceptible d’être ajustée selon le déroulement. Après le temps imparti, les observateurs prennent la parole et les participants retournent à leurs rôles initiaux; l’animateur conclut en revenant sur les extraits les plus pertinents et les enseignements. Une technique utile consiste à débriefer à l’aide d’une grille d’évaluation. Le but est de changer des réunions monotones et peu engageantes en expériences d’expérimentation et de déclic collectif.
Scénarios et variantes du jeu de rôle en formation
Dans certains cas, deux personnes peuvent simuler une interaction homme/machine, l’utilisateur ordonnant à la machine d’effectuer une tâche et le rôle de l’assistant d’installation s’appuyant sur un script prédéfini pour réagir. Si l’équipe préfère l’improvisation, le jeu peut démarrer immédiatement mais les participants ne doivent pas se voir; cela évite toute fuite d’indices et clarifie les objectifs. Cette approche permet d’explorer les opportunités et les problématiques rencontrées durant l’interaction et de clarifier les attentes du groupe concernant le fonctionnement de la machine.
Le jeu peut se décliner en plusieurs formes de réunions. Le leader doit élaborer des questions pertinentes et simples, concrètes et adaptées au défi abordé. Une séance peut comporter trois tours de discussion de 20 minutes chacun, suivis d’une synthèse collective. Des personnes restent à leur table en tant qu’hôtes pendant que les autres ambassadeurs circulent et enrichissent les échanges sur les thèmes émergents. Le but est d’obtenir des échanges plus authentiques avec la clientèle et de favoriser l’émergence de thèmes récurrents qui guideront les actions futures.
Techniques et outils complémentaires
Pour dynamiser les réunions, différentes techniques peuvent être utilisées: icebreakers, dessins croisés, formats de présentation contraignants (20 slides et 20 secondes par slide), et projets de co-création. Les jeux de société adaptés et les versions en ligne permettent d’ancrer l’approche ludique dans le cadre professionnel. Des outils comme figjam, mural, klaxoon ou miro facilitent la mise en place et le suivi des activités.
Parmi les jeux proposés, on trouve DUPLIK pour briser la glace et tester l’expression précise d’un projet, Concept pour deviner des concepts à partir d’images, Dixit pour stimuler l’imagination et le débrief imagé, Timeline pour construire une frise chronologique, Contrario pour un échauffement créatif rapide, Pic-It pour présenter des aspects personnels, Esquissé pour détendre l’équipe et tester la communication par le dessin, Taboo pour faire deviner des mots sans utiliser des termes interdits, Cortex pour réveiller les sens et Just One pour une approche coopérative de mots mystères. Ces jeux peuvent être adaptés au thème de la réunion et aux objectifs pédagogiques.
En pratique, l’animateur peut recommander des jeux spécifiques en fonction des objectifs et du niveau d’engagement souhaité. Il peut aussi proposer des coanimations et encourager les participants à s’impliquer activement. Les retours et les expériences des participants sont précieux pour affiner les choix et les méthodes lors des ateliers futurs.
Réflexions finales et usages en formation
Le jeu de rôle et les simulations exigent une entrée progressive et une gestion attentive des résistances. Démarrer très progressivement permet d’anticiper les objections légitimes et de démontrer les bénéfices potentiels de l’approche ludique. Les avantages incluent une meilleure cohésion d’équipe, une stimulation de la créativité et une meilleure compréhension des dynamiques internes. Une fois instaurée, la logique du jeu peut être étendue à d’autres domaines de la réunion et du management participatif, y compris des tests et des retours d’expérience lors de webinaires ou de formations complémentaires.
